L’histoire des moulins Holme
Holme Mills est le fief de la famille Jordan depuis 1855. Il est situé sur la rivière Ivel en périphérie du petit bourg de Biggleswade dans le Bedfordshire. Il y a un moulin à cet endroit depuis plus de 1 000 ans, il est même mentionné dans le Domesday Book, le plus vieux cadastre d’Angleterre, où il est évalué avec un autre moulin appartenant à Ralph de Lisle à 47 shillings.
Le premier William Jordan (l’arrière-grand-père de la génération actuelle) commence à louer le moulin en 1855 à un certain Monsieur Powers. Lorsqu’il est vendu aux enchères en 1893, William Jordan saute sur l’occasion et le rachète. A cette époque, on ne dénombre pas plus de 400 moulins dans le comté, et la meunerie est une industrie compétitive. Malheureusement, le moulin disparaît dans un incendie en 1899. Il est pourtant reconstruit la même année avec des rouleaux à la place des meules d’origine, et est salué par le magazine The Miller dans son édition du 4 mai de la même année, qui fait l’éloge de la détermination des Jordans à être à l’avant-garde du changement et du progrès. Ce système de rouleaux, qui fonctionne encore aujourd’hui, est sans aucun doute un véritable progrès. Plus efficace, il permet aussi de conserver tout ce qui est bon dans le blé.
En 1914, le pays entre en guerre et la production de masse devient une nécessité. Holme Mills est exploité par des femmes, qui doivent régulièrement soulever des sacs de 120 kg de farine ! L’évolution de la société contribue également à diminuer la valeur nutritionnelle de nos aliments. Dans les élégants salons de réception edwardiens, on préfère de minces tranches de pain blanc dont la croûte a été retirée. On pense à l’époque qu’il est « plus hygiénique » de servir du pain blanc et certains meuniers jugent la qualité d’une farine à sa couleur blanche ou à sa « pureté ».
Au fil du temps, de grands groupes de supermarchés commencent à se créer et seul le volume compte. La qualité en pâtît, et le petit entrepreneur indépendant en souffre. Dans une volonté d’augmenter les marges bénéficiaires, les fabricants se tournent vers des ingrédients meilleur marché et vers une transformation nocive au nom de l’efficacité. On pense rarement aux implications diététiques et Holme Mills pourrait bien tourner de la même façon que les autres moulins du Bedfordshire. Mais l’entreprise est désormais dirigée par John Jordan (le père de Bill et de David), un ancien pilote de la BOAC. En se concentrant sur les aliments pour les animaux et la production de farines vendues sous d’autres marques, il maintient le moulin en activité jusqu’à ce que la création de W. Jordans (Cereals) Ltd en 1972 vienne pérenniser son succès.