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L’histoire de la famille Jordan

Petit avertissement avant que vous ne lisiez l’histoire de la famille Jordan : ce bref historique mentionne un très grand nombre de William Jordans, alors concentrez-vous ! 

Commençons par le premier, que nous appellerons William Ier. A la fin du XVIIIe siècle, William Ier et sa famille sont agriculteurs dans le North Bedfordshire. A cette époque, les chevaux de ferme doivent gagner leur avoine, alors quand les chevaux des Jordan ne tirent pas des machines agricoles, ils transportent les récoltes chez les meuniers locaux pour d’autres agriculteurs. C’est comme cela que William II commence à s’intéresser à la meunerie et qu’au début des années 1800 il rachète le moulin d’Eaton Socon.

William II a deux fils, Alfred et, oui, vous l’aviez deviné, William (III). Fasciné par les machines utilisées pour moudre le grain, Alfred décide de se lancer dans le métier. Il loue le moulin Holme Mills, à Biggleswade, qui appartient toujours à la famille aujourd’hui.
A l’époque, ce moulin appartient à un certain M. Powers, une sorte d’entrepreneur qui possède de nombreux moulins le long des rivières Ouse et Ivel et des liens commerciaux importants avec la côte du Norfolk et l’intérieur de l’Angleterre. Alors qu’Alfred se lance dans la meunerie, William III, quant à lui, passe la majeure partie de son temps à vendre de la farine dans son dépôt de Royal Mint Street à Londres (à deux cents mètres seulement de Tower Bridge).

William III a trois fils, dont l’aîné, se prénomme - surprise, surprise ! - William Herbert (IV.) Le jeune William ne s’entend pas avec son père, très autoritaire, et une fois majeur, il ouvre son propre moulin, un peu plus bas sur l’Ivel et non loin de l’entreprise familiale, dans le bourg de Sandy. Le moulin de William IV ouvre ses portes en 1905. On y vend des aliments pour animaux et, pour mettre du beurre dans les épinards, du charbon en provenance des mines du Nottinghamshire.

C’est William III qui reprend finalement les rênes de Holme Mills à Biggleswade. Il le dirige d’une main de fer et c’est certainement grâce aux solides principes et à la stricte discipline qu’il observe que le moulin continue de tourner pendant la dépression du début du XXe siècle.
Mais cette attitude inflexible finit pourtant par diviser gravement la famille. Le jeune William (cinquième du nom, que toute la famille appelle John) travaille à l’époque au moulin familial. Un jour que son grand-père découvre dans la farine des points noirs que les ouvriers auraient dû remarquer, il se met dans une rage noire et les congédie tous. John est si choqué par le comportement injuste de son grand-père qu’ils ont une effroyable dispute à la suite de laquelle il est lui aussi renvoyé ! Il décide alors de se débrouiller seul et s‘engage dans les rangs de la RAF, où il devient pilote de Spitfires et d’autres avions pendant la deuxième guerre mondiale. Il continuera de voler toute sa vie, cumulant l’équivalent de trois années en heures de vol, et se rendra célèbre dans la région de Biggleswade pour ses acrobaties aériennes, dont certaines lui vaudront de gros soucis avec les autorités locales !

Le grand-père de John (William III, au cas où vous auriez perdu le fil) vivra jusqu’à l’âge de 93 ans et restera connu comme le « Grand Old Man » de Biggleswade. Après la mort de son grand-père, John rachète le moulin à sa grand-mère et crée, parallèlement à ses activités de meunerie, une société d’aliments pour animaux afin d’utiliser les sous-produits du moulin.

A la fin des années 60, ses deux fils William (sixième du nom, que l’on connaît sous le nom de Bill Jordan) et son cadet David ont l’âge de rejoindre l’affaire familiale mais Bill voit les choses autrement. Ce sont les années 60, après tout. Pendant quatre ans, il va sillonner le monde avec le groupe de rock & blues dont il est le batteur. Après une tournée en France, il part pour les Etats-Unis en 1969.

Au cours de cette tournée aux Etats-Unis, il est fasciné par le développement d’un mouvement qui préconise un retour à une alimentation saine, et en particulier par les travaux du département nutrition de l’université de Stanford, en Californie. Les instincts de meunier de Bill refont surface lorsqu’il découvre un mélange de céréales croustillantes pour le petit-déjeuner, vendu dans les magasins d’alimentation diététique. On appelle ce mélange « granola » (synonyme en anglais de « muesli ») et il est fabriqué à partir de miel et d’avoine grillé mélangés à d’autres ingrédients naturels. Bill est immédiatement convaincu que l’idée peut faire son chemin au Royaume-Uni. Après tout, qui résisterait à de délicieuses céréales complètes qui conservent tous les bienfaits nutritionnels que les autres fabricants leur enlèvent ?

De retour à Holme Mills, Bill, son frère David et un ami ingénieur conçoivent une usine de transformation rudimentaire pour fabriquer les nouvelles céréales. Ils achètent un four d’occasion à une ancienne boulangerie et le modifient pour griller les céréales. Enfin, The Original Crunchy G voit le jour ! Dès lors, les deux frères arpentent sans relâche les foires du comté et le vendent à quelques convertis qui se multiplient rapidement jusqu’à ce qu’il soit enfin adopté par les magasins d’alimentation diététique et les supermarchés éclairés.

Convaincus qu’il existe un lien entre une bonne alimentation et un environnement sain, Bill et David se sont fait les défenseurs d’une alimentation saine et de l’exercice physique tout au long de leur vie professionnelle. Bill, qui a par ailleurs participé à plus de 30 marathons, est fermement convaincu de l’importance de la préservation de la nature. Il lance le système agricole Conservation Grade en 1985 et rachète la réserve naturelle de Pensthorpe en 2002. L’essentiel des valeurs de l’entreprise Jordans d’aujourd’hui est tirée de la vieille philosophie de Bill et de David, selon laquelle il existe une interconnexion entre les aliments que nous mangeons, l’environnement dans lequel nous vivons et notre qualité de vie.

Il a fallu du temps, mais aujourd’hui beaucoup de gens se rallient à cette façon de voir le monde, et c’est ce qui alimente la croissance de notre société. Jordans est maintenant le premier employeur de Biggleswade et nos céréales se vendent partout dans le monde. Notre plus gros marché à l’exportation est d’ailleurs la France, un pays connu pour apprécier une nourriture de bonne qualité.